Théâtre
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Les théâtres de création au Québec,
en Acadie et au Canada français (2005)
Avec la collaboration d’Yves Raymond. Montréal : vlb
éditeur, 485 pages, ill.
Ce livre, comme un carnet de voyage. Voyages dans
le temps, vers le passé récent, pour essayer de comprendre,
et pour tenter d’établir des ponts avec ce que je comprends
d’aujourd’hui. Voyages dans ces espaces des villes,
des régions et du pays pour voir ces lieux où l’on
fait du théâtre, et pour entendre parler et rêver
celles et ceux qui le font. C’est un livre du voyage. D’un
voyage que j’ai commencé il y a longtemps déjà,
et dont je ne me lasse pas. Sortir de chez-moi, aller là
où le théâtre se passe, là où
ses artistes m’ont en quelque sorte donné rendez-vous.
Accepter l’invitation.
Dans les voyages, il y a la route et les haltes.
Dans le mien, les routes sont celles des tournées qu’empruntent
les compagnies et les artistes. En tout temps, et pour des rencontres
chaque fois nouvelles. Quant aux haltes, elles se sont produites
partout où les artistes s’arrêtent pour jouer
leur spectacle devant des publics, chaque fois différents.
Et puis, petit à petit, de 1975 à 2005, ces haltes
se sont produites de plus en plus souvent dans ces bâtiments
appelés théâtres qui ont été érigés,
aménagés un peu partout sur le territoire. Parmi tous
ces théâtres, ce sont les lieux de création
qui m’ont attirée, ces lieux voulus, aménagés
et habités par les artistes et les compagnies qui s’y
produisent. Lieux de création et territoires de l’imaginaire.
Il me semblait en effet que ces lieux habités me parlaient
du théâtre en train d’exister vraiment, de s’élaborer,
de se renouveler, d’inventer sa propre continuité.
Le bâtiment n’est rien sans ce qui l’habite. La
création théâtrale édifie le bâtiment
et le bâtiment donne à l’œuvre l’occasion
d’exister.
J’ai choisi de consigner dans mon carnet
ces lieux ouverts toute l’année, qui sont habités
par des compagnies de création qui façonnent leurs
saisons à partir d’œuvres nouvelles ou de la lecture
nouvelle de textes connus. Est considérée comme une
compagnie de création celle qui met en scène des œuvres
pour la première fois ou qui met à sa programmation
des pièces du répertoire dans la lecture actuelle
qu’en propose la mise en scène. Ne dit-on pas que les
compagnies portent la parole des auteurs alors que les théâtres
rendent possible celle des metteurs en scène?
(…)
J’ai d’abord dû me rendre à
l’évidence que nous devons nos théâtres
aux compagnies qui les animent. Sans elles et sans le désir
fondamental de leurs fondateurs et de leurs directeurs successifs,
nous aurions des maisons de la culture, des centres culturels et
des complexes culturels, mais pas de théâtres. Les
histoires racontées ici sont celles des entreprises des artistes
du théâtre d’ici.
(…)
Ce carnet est destiné à celles et
à ceux qui sont curieux de la façon dont le théâtre
est advenu et continue d’évoluer au Québec,
en Acadie et au Canada français.
Table des matières:
Comme un carnet de voyage
INNOVER
Des lieux en attente de compagnies:
La Place des Arts de Montréal et la Compagnie Jean Duceppe
- Le Centre national des Arts d’Ottawa et le Théâtre
français du CNA - Le Grand Théâtre de Québec
et le Théâtre du Trident
Des voix en quête de lieux:
Le Théâtre du Rideau Vert - Le Théâtre
du Nouveau Monde - Le Théâtre d’Aujourd’hui
- Au cœur de la création, en marge de l’institution
- Le Théâtre les gens d’en bas et le Théâtre
du Bic - Le Théâtre de la Manufacture et le Théâtre
la Licorne - La Nouvelle Scène et ses compagnies
Pour les acteurs:
Le Groupe de la Veillée et le Théâtre Prospero
- Le Théâtre de la Bordée - Le Théâtre
le Périscope et ses compagnies
EXPÉRIMENTER
L’expérimental:
Le Théâtre Espace GO - Espace Libre - Omnibus - Le
Nouveau Théâtre Expérimental - Carbone 14
et l’Usine C
Le laboratoire:
Le Théâtre Parminou - Le Théâtre les
Deux Mondes - Les Têtes Heureuses et le Petit théâtre
de l’UQAC - Ex Machina et la Caserne Dalhousie
Le studio:
Le Théâtre de Quat’Sous - Le Théâtre
l’Eskabel - Le théâtre l’Escaouette -
Le Petit Théâtre de Sherbrooke
Le théâtre de marionnettes:
Le Théâtre Sans Fil - Le Théâtre les
Amis de Chiffon et la salle Murdock - L’Illusion, Théâtre
de marionnettes et le Studio-Théâtre de l’Illusion
- Le Théâtre de la Dame de Cœur
EXPLORER
Centres et territoires:
Le Cercle Molière et le Théâtre la Chapelle
- L’UniThéâtre et le Théâtre de
la Cité francophone
Terrains de rencontre:
Le Théâtre du Nouvel-Ontario - Le Théâtre
populaire d’Acadie et le Théâtre du Centre
culturel de Caraquet
Le Théâtre La Seizième et le Studio 16
Espaces publics et collectivités:
La Compagnie Gilles-Provost et le Théâtre de l’Île
- L’Arrière-Scène et le Centre culturel de
Beloeil - Le Théâtre la Rubrique et la salle Pierrette-Gaudreault
- Les Productions À tour de rôle et le Studio du
Quai des Arts
Théâtre et spectateurs:
Le Théâtre Denise-Pelletier - La salle Fred-Barry
- La Maison Théâtre
Comme un état des lieux
Glossaire
Bibliographie
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Théâtres québécois et canadiens-français
au XXe siècle. Trajectoires et territoires (2003)

Collectif sous la direction de Hélène Beauchamp et
Gilbert David. Sainte-Foy (Québec) : Presses de l'Université
du Québec, 436 pages, ill. 2005 - Mention
d’honneur de l’Association de la recherche théâtrale
au Canada - Association for Canadian Theatre Research.
Où va le théâtre une fois la
représentation terminée? Qui en sont les dépositaires?
Qui peut en rendre compte, le dire, le raconter? Quels territoires
occupe-t-il? Art vivant, art de l’instant, il va sûrement
se loger dans la mémoire de ses spectateurs d’où
il ressurgira, transformé par ses témoins mêmes.
Transformé en ses témoins mêmes. Il existera
désormais de cette façon, et ceux que le théâtre
intéresse y auront accès à partir de ce que
la mémoire sensible de ces témoins en aura retenu
ou de ce que leur mémoire volontaire en reconstruira, à
partir également de ce qu’ils en raconteront, en mots,
en gestes, en images et en écrits de toutes sortes. Et même
là, ce n’est pas cet événement que ces
témoins raconteront mais ce qu’ils en ont perçu,
saisi, retenu, ce qui les a touchés et ce qu’ils veulent
ou peuvent en transmettre. Aussitôt terminée, la représentation
sera interprétée, traduite en d’autres signes
que les siens propres.
Le théâtre a eu lieu et il sera désormais
répercuté, de façon incertaine, parcellaire,
dans des récits où se mêlent l’impression,
l’analyse, la description, l’appréciation. Les
traces que la représentation aura laissées sur divers
supports et enregistrements en diront un peu plus sur elle d’un
point de vue technique mais retrouveront peu, sinon pas du tout,
l’émotion, l’atmosphère, les sensations
associées au spectacle vivant. Les maquettes, dessins, cahiers
de régie existeront séparément les uns des
autres alors que les couleurs, les volumes, les sons, les mouvements,
les lumières vivaient en symbiose sur la scène, dans
une même respiration. La partition écrite, publiée
ou non, attendra que de nouvelles voix la fassent vibrer.
Comment donc rendre compte du théâtre,
qui se joue toujours au présent? C’est en quelque sorte
le défi que choisissent de relever celles et ceux que la
recherche théâtrale passionne et qui, pour en parler,
se font tout à la fois et tour à tour anthropologues,
sociologues, historiens, conteurs, phénoménologues,
voire artistes. Plus encore, comment raconter un siècle de
théâtre en français, au Québec et ailleurs
au Canada? La communauté des chercheurs formée autour
de l’étude des théâtres québécois,
acadien et canadien-français s’est réunie les
23 et 24 novembre 2001, à l’invitation d’Hélène
Beauchamp et de Gilbert David et à l’occasion du 25e
anniversaire de fondation de la Société québécoise
d’études théâtrales, pour tenter, justement,
d’établir le bilan des recherches et des connaissances
sur ces théâtres au XXe siècle. Venus d’horizons
divers, les participants ont mis en commun les traces et les données
objectivement reconnaissables qu’ils avaient patiemment réunies
sur l’un ou l’autre des aspects de cet art complexe.
Parfois, la validation des faits étant problématique
en dehors de tout doute, c’est l’insaisissable sensation,
voire l’émotion esthétique ou le sentiment éthique
qui guidaient les analyses. Toujours, la rigueur et les exigences
complexes de la pensée étaient au rendez-vous. La
représentation théâtrale est un phénomène
qui, comme tel, demeure éminemment fluide : c’est aux
mots d’en tenter la traduction, aux chercheurs de la saisir
par des lectures interprétatives, et aux communautés
d’interprètes d’en assurer la transmission et
d’en débattre.
Chacun, chacune s’est fait relais du savoir
individuellement et collectivement acquis et a livré le résultat
de ses recherches en un récit informé. Petit à
petit, au fil des communications et des dialogues, sont apparus
les territoires et les trajectoires du théâtre au Québec,
au Canada francophone, en Acadie au XXe siècle. Nous avions
choisi d’ouvrir le temps par nos investigations, celui de
tout un siècle de manifestations, et c’est aussi tout
un continent qui est apparu. Le théâtre francophone
dans le siècle a pris, à notre belle surprise, une
envergure continentale : le temps et l’espace se sont conjugués.
Nous cherchions à identifier les dynamiques propres à
ce théâtre dans le siècle et nous avons découvert
ses lieux et ses espaces : territoires des imaginaires, des arts
et des techniques, de la langue, des écritures, de l’édition
et de la réception critique, de la formation et de la création;
vastes territoires des communautés minoritaires et des théâtres
de la marginalité, ceux aussi de l’institution et de
la professionnalisation d’un art désormais autonome.
Les articles de la première partie
abordent des aspects concrets de la production théâtrale,
aspects déterminants quant aux visions artistiques qui s’élaborent
tout au long du XXe siècle. Josette Féral situe la
pratique de la mise en scène au Québec avec l’évolution
de la pensée critique d’ici et d’ailleurs telle
qu’appliquée à ce domaine. Elle interroge les
moments de rupture de la mise en représentation, par le biais
de ceux qui en ont accompagné les mutations. Hélène
Beauchamp observe, pour sa part, que ce sont les artistes eux-mêmes
– comédiens, metteurs en scène puis scénographes
- qui, souhaitant maîtriser de mieux en mieux les conditions
d’exercice de leur art, ont voulu investir et aménager
des théâtres qui soient des lieux de création.
André Courchesne et Pierre Lapointe, dans l’une des
rares études sur cette question, font le point sur l'évolution
du rôle du gestionnaire de théâtre depuis 1945
et expliquent comment ce rôle a évolué en fonction
de la structure administrative des compagnies.
Lucie Robert, dans une étude des plus exhaustives,
pose pour la première fois la question du rôle de l’éditeur
dans la production théâtrale et brosse à grands
traits l’histoire de l’édition théâtrale
au Québec, repère ses départs, ses culs-de-sac
et ses difficultés particulières. Pour François
Paré, qui est à l’affût d’une théâtralité
qui passe de l’oralité à l’écriture,
c’est la question de la textualisation de l’œuvre
théâtrale qui est centrale. Il note que les liens étroits
entre le théâtre joué et édité
se sont progressivement à la fois problématisés
et institutionnalisés, les enjeux de l’édition
étant de faire en sorte que le texte écrit dépasse
les cadres de la production sur scène. Gilbert David estime,
pour sa part, que la critique dramatique fait partie de l’institution
théâtrale et qu’elle en est même un des
rouages essentiels. Les chercheurs ne sauraient renoncer à
faire l’analyse des textes de critique qui témoignent
« à chaud » de la réception d’un
spectacle. En tant que médiation, au sein de l’espace
public, entre le réel théâtral et la société,
les positionnements de la critique dramatique offrent un vaste champ
discursif qui ne demande qu’à être enfin prospecté.
La deuxième partie de l’ouvrage
aborde les questions de la langue et des dramaturgies, des esthétiques
et de l’éthique, des alliances inédites et des
défis que posent au théâtre les communautés
minoritaires. Quelles sont les influences qui ont marqué
la dramaturgie qui s’élabore tout au long du XXe siècle?
Pierre L’Hérault reconnaît que la question est
complexe surtout lorsqu'on la considère sous l’angle
de la reconfiguration constante de notre espace collectif. Il a
cherché à définir l’américanité
et à décrire les modalités de son expression
dramaturgique, ce qui a donné lieu à plusieurs variations
qu’il place dans une perspective diachronique. Dominique Lafon
propose une approche tout à fait inusitée de la langue
au théâtre, non plus le joual comme symbole de la détérioration
ou de l’aliénation de la culture québécoise,
mais la « langue-à-dire » comme «langage
dramatique spécifique», comme «poétique
originale».
Pour les chercheurs de l’Ouest et de l’Est
canadiens, il importe de revenir aux récits fondateurs. Lise
Gaboury-Diallo raconte la fondation et l’affirmation des compagnies
de théâtre de l’Ouest pour conclure à
l’émergence actuelle, dans la communauté franco-manitobaine,
d’un nouveau théâtre, subversif, qui bouleverse
l’ordre attendu des choses. David Lonergan s’arrête,
lui, à l’écriture et aux auteurs de l’Est
acadien, en insistant sur l’importance d’une parole
dont il souhaite voir se multiplier les manifestations sur ce vaste
territoire. Stéphanie Nutting et Pascal Riendeau examinent
l’œuvre de deux auteurs dont l’écriture
s’affirme : Carole Fréchette et Alexis Martin. Stéphanie
Nutting constate que Fréchette, en congédiant l'esthétique
réaliste en faveur d'une esthétique (post)moderne,
se situe au croisement d'une modernité qui convoque un parcours
orienté sur l'expérience (ou le vécu) au féminin.
Pour Pascal Riendeau, Alexis Martin est une figure émergente
du théâtre québécois et il montre comment
son texte, Matroni et moi, met en scène la relation étroite
entre l’idée d’une nouvelle éthique et
la comédie noire, le tout sous les allures de l’autodérision
la plus loufoque.
La troisième partie du recueil
est entièrement consacrée aux questions de l’institutionnalisation
et de la professionnalisation de la pratique dramatique et théâtrale,
mais aussi de la formation qui en assure la continuité tout
autant que la contestation. Pour Jean Cléo Godin, la construction
d’une institution théâtrale a partie liée
avec la fréquentation d’un répertoire (quel
qu’il soit) et, à partir de son analyse des saisons
et de la programmation du Théâtre Arcade, il en situe
la période charnière, pour le Québec, entre
1940 et 1950. L'éclosion et le maintien d'un théâtre
de création d'expression française dans l'Ouest est,
pour Roger Parent, la seule façon d’appuyer le combat
des «cultures en périphérie» pour un accès
légitime à des moyens de production. Il faut pour
cela un lieu de formation professionnelle adéquat et une
pédagogie qui libère la créativité.
Sensible au travail de l’acteur interprète et de l’acteur
créateur, Irène Roy se propose de solliciter le témoignage
des actrices et des acteurs sur la formation en jeu qu'ils ont reçue.
Pour Janusz Przychodzen, c’est précisément la
remise en question des programmes de formation de l’acteur
dans les années 1970 qui a entraîné des changements
au niveau de l’institution théâtrale, changements
qui se sont affirmés à partir du refus des modèles
anciens et de la légitimation de la dissidence. Yves Jubinville,
pour sa part, invoque le concept de marginalité au théâtre,
concept qui permet de mettre en lumière les fonctionnements
et dysfonctionnements de l’institution théâtrale
actuelle. Il s’intéresse à cette dynamique qui
met aux prises, dans le cadre d’une lutte pour le capital
symbolique du théâtre, les détenteurs des positions
dominantes dans le champ théâtral et ceux qui sont
à sa marge.
La quatrième et dernière
partie de l’ouvrage s’ouvre sur une question
fondamentale : comment peut-on, doit-on, mettre le théâtre
en récit? Jean-Marc Larrue rappelle les dernières
25 années de recherche et de publication sur le théâtre
: la fondation de la Société d’histoire du théâtre
du Québec en 1976 (devenue la Société québécoise
d’études théâtrales), le lancement des
Cahiers de théâtre Jeu (1976) et de L’Annuaire
théâtral (1985) ainsi que la publication du Théâtre
canadien-français, premier ouvrage de synthèse sur
l’histoire du théâtre au Québec et au
Canada francophone (1976). Sa question touche le fondement même
de l’activité de l’historien mais également
la place de l’art et de l’écriture chez ceux
qui «traduisent» la pratique scénique des artistes
du théâtre. La recherche côtoie la création
et pourrait se laisser tenter par elle. L’histoire et l’analyse
du théâtre canadien-français, pour Joël
Beddows, sont le fait des communautés d’interprètes
que constituent les chercheurs, et des façons dont ils s’y
prennent pour l’écrire et la raconter. Héritier
des canons de la tradition européenne et de l’industrie
américaine, cet art s’est affirmé en assumant
les particularités du vaste espace culturel pan-canadien
et de son histoire, commune aux francophones du Canada et de l’Amérique
du Nord — mais une histoire qui reste encore à écrire.
Alvina Ruprecht nous entraîne, avec une brève
escale new-yorkaise, vers la région caribéenne dont
les théâtres de langue française « ont
des affinités surprenantes avec un certain théâtre
québécois des années 1970 ». Il nous
faut, propose-t-elle, repenser, voire remettre en question notre
manière d’envisager la réalité théâtrale
du Québec et du Canada francophone, puisque celle-ci s’inscrit
dans la mouvance post-coloniale qui affecte l’ensemble des
théâtres francophones des Amériques. Alain-Michel
Rocheleau invite pour sa part les chercheurs à adopter une
pluralité de points de vue sur un objet par définition
complexe, alors que Chantal Hébert, en s’appuyant sur
les réalisations en études théâtrales
au cours des vingt-cinq dernières années et en effectuant
un retour sur le colloque des 23 et 24 novembre, propose de continuer
de construire l’histoire de notre théâtre tout
en mettant en place les échanges nécessaires dans
un dispositif d'interactivité générant des
réseaux de chercheurs. Invitation est ainsi lancée
aux nouveaux chercheurs pour qu’ils se manifestent haut et
fort.
Toute démarche de recherche, individuelle
ou en équipe, ne peut se développer à long
terme sans le soutien des institutions universitaires et des organismes
qui attribuent des fonds à des projets, soumis à des
jurys de pairs. Nous remercions celles et ceux dont l’appui
financier a permis la tenue de ce colloque, si riche en rencontres
et en dialogues, un colloque qui a contribué à ouvrir
les territoires de la francophonie nord-américaine à
l’investigation des chercheurs en théâtre de
partout au Canada. Ces partenaires auront ainsi permis de préparer
cet ouvrage qui, nous l’espérons, contribuera à
ce que les trajectoires croisées du théâtre
et de la recherche se multiplient.
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DynamO Théâtre - Théâtre de
mouvement acrobatique. Genèse et évolution d'une forme
théâtrale (2003)

En collaboration avec Bernard Lavoie. Montréal : Duchesne
Éditeur, 250 p., ill.
La Troupe Circus naît à l'hiver 1981
au Centre sportif Immaculée-Conception à l'instigation
de Pierre Leclerc, gymnaste de carrière internationale et
acrobate accompli. Il vient à peine, avec le jongleur et
acrobate Guy Boissé, d'inaugurer le tout nouveau programme
de formation de l'École de cirque en septembre 1980 que déjà
on lui commande un spectacle estival pour les parcs de Rosemère.
Il s'adjoint alors Jacqueline Gosselin, comédienne formée
au département de théâtre de l'Université
du Québec à Montréal (UQÀM), Yvan Côté,
jongleur et acrobate issu de l'École de mime corporel du
Quat'Sous et des Ateliers des clowns du Québec, Daniel Hétu,
de l'École de cirque, Guy Caron, clown et Rénald Laurin,
clown et animateur également formé à l'UQÀM.
La Troupe ainsi constituée prend le nom de Circus et monte
Circus 81 qui intègre l'acrobatie, la jonglerie, des jeux
d'échelle, de ballon et de cerceaux, les échasses
et des entrées clownesques. Dans leurs costumes colorés,
ces jeunes saltimbanques et amuseurs fantaisistes se présentent
en tournée dans les festivals et les fêtes populaires
de la région montréalaise où ils sont partout
très bien reçus. Cette première expérience
de l'été 1981 les confirme dans l'idée de mettre
sur pied une troupe régulière afin d'explorer plus
à fond ces techniques du cirque qu'ils découvrent.
Dès ce moment, une idée les anime,
une intuition les fait vibrer. Pourquoi ne pas tenter une rencontre
entre le cirque et les arts de la scène? Ce projet, si emballant,
est tellement nouveau qu'ils n'ont pas encore de mots pour le dire
clairement, pour le définir. Ces jeunes artistes, comme ceux
d'autres organismes qui naissent à la même époque,
s'avancent sur un terrain tout à fait inexploré et
exceptionnel. Ils se trouvent alors, sans s’en douter, au
point de départ d'une aventure extraordinaire qui prendra
pour certains le nom de «nouveau cirque» et qui se définira
de plus en plus évidemment pour eux comme étant le
«théâtre de mouvement acrobatique».
Aussi étonnant que cela puisse paraître,
l'idée première et fondatrice de Circus, l'École
tout autant que la Troupe, prend forme dans les gymnases du Centre
Immaculée-Conception et se présente comme le résultat
d'une fusion des formes et des genres. Mais d'où vient donc
cette idée? Comment a-t-elle pu ainsi surgir? Ces jeunes
artistes pouvaient-ils alors se situer dans un courant artistique
identifiable? Se réclamer de certaines traditions? Et puis,
comment se fait-il qu'une École de cirque et une Troupe dont
l'objectif est la rencontre des arts du théâtre et
des techniques du cirque voient le jour dans un centre sportif?
Table des matières:
1 - C O M M E N C E M E N T S
foisonnements
De l’acrobatie, du cirque et du théâtre populaire
lumières
Pleins feux sur la Troupe Circus (1981-1982)
éclats
Entraînement. Création de Dynamogénique (1983)
2 - A F F I R M A T I O N
une troupe sous influence
Le Tambour rit et La Lune, rien que la lune! (1984-1986)
métamorphose
Mur-Mur par DynamO Théâtre (1987)
ouvertures et convergences
Déséquilibre - Le Défi (1991). Retour sur
un processus de création par Gilbert Dupuis, Alain Fournier,
Claude Goyette
risques et recherches
L'Écho de la Rivière (1996).
Écrire l’Histoire en mots et en mouvements
3 – L I G N E S DE F O R C E
donner un sens au mouvement
La création du théâtre de mouvement acrobatique
vue de l’intérieur par Claude Goyette, Yves Simard
et Kelly Jean Lynch
écrire le mouvement
Une dramaturgie particulière. Extraits de Mur-Mur, Déséquilibre
- Le Défi, L'Écho de la Rivière
le théâtre de mouvement acrobatique
Essai de synthèse. Lili ou Le Bonheur, est-ce que ça
vole? Suivi de
Suspension par Lise Vaillancourt
Le sens de la création
Bibliographie
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L'École d'art
dramatique du Théâtre du Nouveau Monde Une première
école de formation professionnelle
dans L'Annuaire théâtral
Revue québécoise d'études théâtrales
no. 22, 1997, p. 77-90
ISSN : 0827 – 01987 et ISBN : 2 – 920801 – 29
- 5
L'idée d'une école
Il semble que l'idée d'une école
de théâtre (ou à tout le moins celle d'une formation
en art dramatique pour quiconque choisit de faire du théâtre
son métier) ait pris de plus en plus d'ampleur chez les artistes
montréalais à compter du début des années
1930 - alors qu'Antoinette Giroux revient à Montréal
après un séjour de sept ans (1923-1930) en France
- jusqu'aux années 1960 - alors que l'École nationale
de théâtre du Canada lance son programme de formation
de comédiens et de techniciens. L'ouverture de l'École
d'art dramatique du Théâtre du Nouveau Monde le 10
février 1952 constitue un jalon significatif dans la dynamique
de professionnalisation du secteur artistique et d'institutionnalisation
du milieu théâtral. Malgré l'absence de documents
précis sur son fonctionnement interne et sur celui des autres
écoles qui ont existé de 1930 à 1960, il apparaît
pertinent de tenter de situer l'École du TNM dans le contexte
de sa fondation, tout en esquissant une réflexion sur la
formation en art dramatique à cette époque charnière.
Je remercie Jean-Louis Roux, Jean Dalmain, Marcel
Sabourin, Marthe Mercure et Victor Désy qui ont bien voulu
partager avec moi les souvenirs qu'ils ont gardés de cette
époque et de cette école. Sabourin et Désy
ont lu et commenté la première version de ce texte.
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Les Jeunes Comédiens du Théâtre
du Nouveau Monde ou L'esprit nomade
avec Fransoise Simon
dans L'Annuaire théâtral
Revue québécoise d'études théâtrales
no. 22, 1997, p. 91-115
ISSN : 0827 – 01987 et ISBN : 2 – 920801 – 29
- 5
En 1966, le Théâtre du Nouveau Monde intègre
dans ses structures Les Jeunes Comédiens, une troupe itinérante
née à l'École nationale de théâtre
en 1963 et dont les activités cesseront en 1973. Les spectacles
de ces Jeunes Comédiens (voir annexe) restent vivants dans
la mémoire de ceux qui les ont vus. Par leur invention visuelle,
la vivacité du jeu des comédiens, leur traitement
créatif du texte scénique, ils apparaissent encore
maintenant étonnamment novateurs. Or cette «troupe»
de tournée pancanadienne, qui jouait peu à Montréal
et se manifestait surtout sur la scène des écoles,
des universités et des théâtres régionaux,
demeure mal connue. Québécoise par son impulsion créatrice,
elle était canadienne par ses attaches administratives. Issue
de l'École nationale de théâtre du Canada, elle
a par la suite été reliée au Théâtre
du Nouveau Monde de Montréal et au Centre national des arts
d'Ottawa. Son mandat a changé au fur et à mesure des
saisons et au gré des comédiens et des concepteurs
qui ont pris part à ses spectacles.
Il nous a semblé important de clarifier
les identités successives de cette troupe dont la composition
a varié au fil des ans et dont les orientations ont été
multiples, cela afin de mieux la situer dans le paysage théâtral
québécois et canadien qui fut en forte mutation de
1963 à 1973. À partir des traces retrouvées
dans les archives et des quelques publications qui en traitent,
nous tenterons d'exposer les choix artistiques et esthétiques
qui ont marqué son existence de même que leurs répercussions.
Nous verrons que le rattachement des Jeunes Comédiens au
Théâtre du Nouveau Monde constitue l'un des phénomènes
inattendus de l'histoire théâtrale du Québec
et que l'existence de cette troupe prélude en quelque sorte
à celle des troupes de création fondées pendant
les années 1970.
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Of desire, freedom, commitment and
mise en scène as a very fine art: the work of the theatre
director
dans Australasian Drama Studies
no. 29 October 1996, p. 155-167
ISSN 0810 - 4123
Martine Beaulne and Lorraine Pintal are two of
the most active and fascinating Montreal metteurs en scène
and they have recently provided audiences with quite innovative
artistic proposals. They direct productions on most of the city's
main stages with aplomb. Although they share quite a few characteristics,
their styles differ very clearly. Beaulne's Locandiera (Goldoni)
was marked by sensuality, pleasure as well as affirmation of womanly
presence and her Albertine en cinq temps (Albertine in Five Times
by Michel Tremblay) combined sensitivity and emotion met with a
spiritual quest. Pintal's Jeanne Dark (St Joan of the Stockyards
by Brecht), on the other hand, spelled out Marxist thoughts for
spectators to ponder on, while her La Compagnie des hommes (Company
of Men by Edward Bond) exposed the economic hegemony of the business
class and her Hedda Gabler brought back darkest tragedy. I do not
intend to propose a thorough analysis of their work, but wish to
identify some of the factors that have contributed to the making
of those two young women directors of strength and scope. To this
end, I met with each one, taking into consideration previous articles
published in the journalJeu, and I gathered my own critical thoughts
around their major productions of the past five years.
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Lieux théâtraux montréalais
Une recherche en cours La carte et le territoire
dans Les Cahiers de théâtre Jeu inc., no. 79, 1996.2,
p. 72-78
ISSN : 0382 - 0335
Un projet de recherche - un peu comme un projet
de création - relève d'un désir, d'un processus
d'invention, et du travail consenti par celle dont l'imaginaire
a été touché et l'intuition provoquée.
Il y a dans une recherche - fût-elle «universitaire»
de nature - une grande part d'investissement personnel. Il y a là
une subjectivité qui s'exprime, une personne qui se manifeste
avec ses goûts et ses trajectoires propres; il y a là
un sens certain d'une aventure à entreprendre, la quête
des moyens propres à une telle entreprise et l'espérance
de découvertes (dans le sens de «mises à découvert»).
Les méthodes de travail ne sont pas toujours les mêmes:
elles sont intimement liées au projet en cours, tout comme
les éléments de la réflexion théorique
qui éclaireront la recherche, lui donneront une couleur,
la mettront en perspective.
À la suite d'un échange avec un collègue
ontarien - Ric Knowles de la University of Guelph - sur l'impact
des conditions matérielles de production sur la création,
la diffusion et la réception théâtrales est
né un projet de recherche sur les lieux théâtraux
montréalais. La création théâtrale ne
se fait pas dans le vide, mais bien dans des contextes concrets
- sociaux, économiques et culturels -, qui imposent leurs
contraintes. Bien sûr, le désir créateur de
l'artiste est souvent si impérieux qu'il le porte à
les «oublier» comme pour mieux affirmer la nécessaire
liberté du créateur. Mais ces contextes et ces contraintes
sont réels, et nous souhaitions les nommer. Il nous est apparu
que l'édifice du théâtre, le lieu de la diffusion
du spectacle théâtral, pouvait bien contenir bon nombre
de ces contraintes dans ses structures mêmes (structures administratives
et artistiques tout autant que scénographiques et architecturales).
Et c'est de cette réflexion qu'a germé l'idée
d'une recherche sur les lieux et leurs structures internes et externes
qui tenterait de cerner leur impact sur les processus de création
et sur la mise en représentation.
Ma réflexion ainsi balisée, je me
suis mise à voir les spectacles à partir d'un angle
autre, d'une perspective autre. À regarder les lieux théâtraux
avec des yeux différents. À considérer les
collectifs et les compagnies par le biais de leur insertion dans
un tissu social et imaginaire lui-même imbriqué dans
le tissu des géographies urbaines, voire régionales,
et culturelles.
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Des scénographes dans la
cité
présentation de/ introduction to
L'Annuaire théâtral, no. 11, 1992, p. 5-7
ISSN : 0827 – 01987 et ISBN : 2 – 920801 – 29
- 5
Il aura fallu une décennie - celle des
années 80 - et la persistance d'une génération
de scénographes concepteurs - celle des Lévesque,
Roy, Castonguay, Goyette, Crête - pour que les ensembles scéniques,
les images et les atmosphères visuelles se dotent d'une existence
réelle et significative au théâtre. Il aura
fallu que ces artistes scénographes eux-mêmes nous
prennent par la main - nous les spectateurs, analystes, critiques
- et nous entraînent sur les voies d'une écriture scénique
différente de celle des auteurs et des metteurs en scène
pour que nous voyions le théâtre autrement, pour que
nous reconnaissions que les productions théâtrales
comportent aussi des propositions visuelles et spatiales issues
d'un travail créateur spécifique. La scénographie
pouvait dès lors atteindre au statut d'art autonome tout
en réaffirmant ses liens essentiels avec l'art de création
collective qu'est le théâtre. Il ne serait plus possible,
désormais, de lire le théâtre comme avant. Comme
avant l'ère des scénographes.
Le travail de ces artistes contemporains a stimulé
la curiosité des chercheurs qui, à leur tour, ont
fait face à cet important phénomène et interrogé,
par ricochet, leurs propres démarches et attitudes tout autant
que l'état des connaissances théoriques et historiques
dans le domaine et que la pertinence des outils méthodologiques.
Les artistes scénographes s'étant imposés,
il fallait, dans le respect de leur oeuvre, identifier des modes
de réception et d'analyse de ces pratiques théâtrales.
La mise en évidence des scénographes
par eux-mêmes allait susciter une mise en lumière,
mais aussi une mise à l'épreuve du vocabulaire et
de la terminologie mêmes de la scénographie. Fallait-il
renouveler, augmenter, transformer, réactualiser ce vocabulaire?
Quels étaient les catégories et les ensembles qu'il
allait désormais falloir considérer et reconsidérer?
A quelles sources puiser et quelles références constituer?
Ajouter une pièce à la machine déjà
fort complexe de la production théâtrale et de sa lecture
c'est, forcément, modifier l'équilibre de l'ensemble
et réinterroger le tout. Dans son article, Dominique Lafon
utilise la didascalie comme piste et pose la question des liens
que tisse la scénographie avec la dramaturgie. Rodrigue Villeneuve,
pour sa part, interroge les mutations de la terminologie principalement
à la suite d'Artaud et des courants créateurs de la
modernité. Les éléments constitutifs du théâtre
s'en trouvent bousculés. Louis Francoeur, spécialisant
son intervention, traite du rôle et des mécanismes
de l'iconisme au théâtre.
Est-il possible de saisir dans son essence un phénomène
contemporain sans interroger, minimalement au moins, les événements
qui l'ont précédé, voire préparé?
En ce qui concerne la scénographie québécoise,
des mises en perspective s'imposent et le présent numéro
de l'Annuaire théâtral accueille des articles qui éclairent
et balisent un passé relativement proche mais fort insuffisamment
exploré. Glen Nichols offre un aperçu de l'attitude
des amateurs de théâtre au Canada français face
aux indications scénographiques contenues dans les didascalies
d'oeuvres dramatiques françaises qu'ils devaient adapter
aux réalités de la production théâtrale
d'ici. Renée Noiseux-Gurik, poursuivant sa recherche sur
les peintres scéniques, présente le travail de trois
décorateurs importants de la fin du XIXe et du début
du XXe siècle tout en témoignant des difficultés
rencontrées dans la reconstitution de leurs carrières
d'artistes.
Les différents moments de l'évolution
de la scénographie québécoise sont présentés
par Jean-Marc Larrue dans un article où il propose un survol
des cent dernières années, identifie de nécessaires
points de repère et annonce une typologie des styles et des
pratiques. Le tout est tracé sur une toile de fond où
s'inscrivent les moments significatifs de l'histoire du théâtre
québécois. Il s'agit là d'une première
tentative de vision d'ensemble articulée autour des notions
de décoration théâtrale et de scénographie.
Louise Filteau tente, dans le même sens, une présentation
des images scénographiques en théâtre jeune
public de 1979 à 1987. Christiane Gerson, pour sa part, propose
une lecture critique de la scénographie de L'Usage des corps
dans la «Dame aux camélias» de Pierre A-Larocque
à partir des paradigmes du théâtre post-moderne.
En mars 1990, à la Maison de la Culture
Frontenac et conjointement avec l'APASQ qui réalisait alors
une première exposition de maquettes scénographiques,
le Département de théâtre de l'UQAM organisait
un mini-colloque sur la scénographie sous la direction de
Michel Laporte, Claude Sabourin et Claude Goyette. Michel Laporte
présente ici, avec le concours de Diane Brouillet, les Actes
du Colloque, Actes pour lesquels il a choisi de préserver
le caractère oral des communications faites aux quatre tables,
soit celles des scénographes, des auteurs, des metteurs en
scène et des artisans de la production de spectacles. Ce
colloque doublé d'une exposition a constitué un important
coup d'envoi pour la mise en évidence de cet art qu'est la
scénographie.
La mise en lumière du travail des scénographes
s'inscrit, nous semble-t-il, dans un mouvement social et politique
plus vaste de mise en espace publique de la parole et des corps
dans un contexte urbain. Autrefois associé à la peinture,
maintenant davantage lié aux arts de l'espace que sont la
sculpture et l'architecture, le travail des scénographes
est en train de contribuer à la réinscription du théâtre
dans un espace urbain où l'intime et le social cherchent
continuellement à se rejoindre. Chose certaine, il ne sera
plus possible, dorénavant, de ne pas voir ces espaces, fictifs
ou réels, où apparaissent des acteurs, où se
matérialisent des textes et où s'écrivent en
quelque sorte les multiples histoires potentielles d'une société
et de ses transformations.
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Daniel Castonguay : artiste scénographe
dans Les Cahiers de théâtre Jeu inc. no. 62, 1992.1,
p.51-57
ISSN : 0382 - 0335
Ses scénographies récentes, Daniel
Castonguay les a conçues pour l'Histoire de l'Oie de Michel
Marc Bouchard et pour Titom de Marcel Sabourin et Gilles Vigneault.
Dans les deux cas, les concepts visuels étonnent et confèrent
aux spectacles des significations multiples. Elles nomment des lieux
et des parcours, disent des personnages, prolongent la ligne dramatique.
Elles citent et invitent des références, elles provoquent
des rencontres avec d'autres arts et d'autres époques, elles
se font tour à tour tragique et ironique, amusante ou émouvante.
La scénographie est partie prenante de la création
théâtrale contemporaine.
(...)
L'artiste et le scénographe
Daniel Castonguay est membre de l'APASQ. Il a signé
bon nombre de scénographies, dont celles de Dis-moi doux,
La Peau de l'autre et l'Histoire de l'Oie qui figurent au catalogue
de l'exposition L'Art de la scène : passé-présent
- Scénographie québécoise. Il n'est pas diplômé
d'une école de théâtre et affirme que l'expérience
la plus formatrice a été, dans son cas et pendant
neuf ans, les ateliers de dessin d'après des modèles
vivants. Il a surtout signé les scénographies de spectacles
jeunes publics et s'est davantage associé à des collectifs
de création qu'à des metteurs en scène ou à
des théâtres. Son cheminement n'est pas traditionnel
et à s'y attarder, on voit une oeuvre prendre forme, un profil
de créateur se dégager. Peintre, sculpteur, amoureux
des êtres, Daniel Castonguay est un artiste tout autant qu'un
farouche partisan de la complicité créatrice entre
les artisans d'une oeuvre. Cela se peut au théâtre,
quand les désirs et les volontés convergent: c'est
ce qu'il recherche. Je demande à m'impliquer dans le processus
de création théâtrale. Je crois au langage cénographique
et à l'interaction entre les divers langages dans un projet
de théâtre. Je ne crois pas que la scéno vive
par elle- même. Elle fait partie d'un projet, où les
éléments sont interactifs.
À l'entendre en entrevue (le 13 janvier 1992) expliquer ses
démarches et ses exigences, on se surprend à penser
que cet artiste tout à fait contemporain aurait bien trouvé
sa place au sein des ateliers qui, à l'époque du haut
Moyen Age et de la Renaissance, se mesuraient à des projets
d'envergure, cathédrales ou bâtiments civils, pour
marquer le territoire urbain, ou encore à la construction
de monastères, pour signifier une lecture mystique du monde.
Artistes et artisans traçaient dans ces oeuvres des voies
reliant matérialité et spiritualité, réalités
physiques et monde intérieur (les flèches des cathédrales
gothiques sont à certains égards plus vertigineuses
que les gratte-ciel newyorkais) un peu comme les artisans du théâtre
tentent des alliances entre les émotions et les idées,
les mots et les sons, les images et les formes.
Scénographe, Castonguay a une connaissance
des matériaux et des structures, du dessin technique et de
l'architecture, des contraintes de l'espace: espace scénique,
espace du jeu, espace du sens. Artiste, son regard se porte d'abord
au coeur des choses et des êtres, sur ce qui est au centre,
enfoui au milieu: sur ce qui est parfois le plus fragile. Peintre,
il a conscience des contours et des silhouettes tout autant que
des couleurs et des textures. Sculpteur, il installe des objets
qui déterminent l'espace, lui confèrent un sens, en
repoussent les frontières. Castonguay est un artiste du sens,
qui chemine du visuel au scénique tout en provoquant ceux
avec qui il travaille. Les contraintes le fascinent, il en impose
et s'en amuse.
(...)
Baroque ou postmoderne? Artiste du visuel et de
l'espace scénique? Scénographe des limites et de toutes
les contraintes? Plus que tout, ce qui importe à Daniel Castonguay,
c'est que le travail des artistes du théâtre soit respecté.
Je sais que mes créations sont éphémères,
mais on devrait au moins en respecter le processus de travail! Le
processus de création artistique se développe, demande
du temps, des silences, des retours, comme n'importe quel parcours
de création. Je préfère, et de loin, les consensus
aux compromis. Quand tous les créateurs d'un spectacle se
trouvent sur un pied d'égalité, il n'y a plus de mesquinerie.
On est prêt à tout donner. Une oeuvre d'art ne se formalise
d'aucune hiérarchie. La scénographie.... c'est un
peu l'art de réaliser ses rêves.
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Scenography as it stands / The stands
of scenography
dans Canadian Theatre Review, no. 71, Summer 1992, p. 37-41
ISSN : 0315 - 0836
Analysts of the theatre, more often than not give
most of their attention to the text, probably in consideration of
the fact that its performances, along with the visual aspects of
production, are unstable, anecdotal or accidental. Theatre historians
will be curious about the author of a play, will interrogate the
incidence of social realities on the meaning of a performance, or
will give particular attention to the architecture of theatre spaces.
They will ask in which context the play was performed, what characterized
the physical environment in which the text was delivered, what was
the chosen acting style, and what were the resulting expressions
of emotions and ideas. They very rarely, if ever, ask what the spectators
were looking at, or what they were seeing while appreciating the
actors' delivery and listening to the text.
Newspaper critics, immediate witnesses to a performance,
will usually summarize the play, explain who the author is, and
refer to the best actors and actresses. Their remarks on the set
and costumes will be brief, if not curt, and they will usually ignore
the lighting design. Unless, of course, design elements were particularly
inappropriate, shocking, or fascinating.
(...)
As things stand, scenographers now designing for
the stage in Quebec come from different visual arts practices, backgrounds,
or affinities: painting, sculpture, architecture, design. They do
not specifically come from the theatre even though most of them
have studied at the National Theatre School. Surprisingly, many
of them do not especially care for theatre, and have stumbled upon
it more or less by accident. Is it, for them, like a field of application
for their art?
It seems that the work of the scenographer is to organize, whereas
the director orchestrates and the author creates. Between them,
there exists a hierarchy as to their responsibilities towards the
producers and the other artists. What would happen if it were abolished?
Collective creation? Collective conception? Of course, all depends
on the individuals involved, on the way they work, on the time they
are given. There is a consensus in Quebec that nobody can create
collectively and satisfactorily in three months or less. A collective
project is more likely to take three years to complete! Do we live
in a society that understands that?
And what would happen if scenographers defined their participation
to the theatre project as being co-dramaturgy? Where would their
responsibilities lie? How would they define their tasks as co-creators?
Would they decide primarily on the basic principles guiding the
organization of the required space on stage and in the theatre?
Would they also conceive visual elements specific to the production
and guide their realization? If scenographers are artists in the
full sense of the word, they are creators.
When we look at scenography from a pragmatic point
of view, other types of questions arise, pertaining for instance
to the coincidence between stage, theatre and scenery. Set designs
are usually conceived for a specific stage and theatre space. They
are never conceived «at large», so as to fit everywhere
and anywhere. And one theatre space is never like the next.
(...)
Time, says Daniel Castonguay, is the most essential
of elements. Without it, scenographers as well as other theatre
practitioners are not artists but producers. And they produce theatre,
says he, like others "buy antique". Imagine what theatre
would be if the time necessary to it was allowed.
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Pol Pelletier: Artiste sur fond
de scène urbain A portrait, dedicated to the woman artist
herself
dans/in Women on the Canadian Stage. The Legacy of Hrotsvit.
Blizzard Publishing. Winnipeg. 1992, p. 56-68
ISBN 0 - 921368 – 26 - 7
Who am I? The basic question. The essential quest.
Which are the paths to follow in order to find
the answer to the basic question? As well as to the myriad of other
questions, not at all secondary, which are related to the social,
political, cultural realities you are confronted with. Day by day.
The individual and his multiple landscapes. Cityscapes to live in.
To work with. To pry open. To carry beyond evidence. Little by little.
The fundamental question, so closely linked to questions about and
on life, consciousness, involvement, production.
To sleep or to awaken? To let yourself be carried
along with the flow of life, unquestioning, or to be alert in a
constant state of energy? To stand firm, hard-headed and yet so
vulnerable, before those milestones on the road where the questions
of meaning are engraved. Questions as urgent as the need to breathe.
Pol Pelletier is a woman alive. To meet with her,
talk with her brings about the profound conviction that the only
way to live is to pursue this quest for identity and meaning. So
that the soul and the body can find nourishment. For full human
accomplishment. (Is that what being an artist is all about?)
Her eyes are a clear soft blue, sparkling with
all her questions and all her findings, with the joy and happiness
she feels in creating meaning, as well as with the anguish, sadness
and revolt at seeing so much left unaccomplished around her. Especially
in women. Pol Pelletier is a woman alive with questions. Soft blue
eyes that are eagle's eyes. Eyes that speak of intelligence and
emotions. Active hands. Long fingers, constantly playing with the
air around her body and face, constantly shaping the space that
is her own, of which she occupies a vivid center. A face beautiful
because of the many expressions, emotions and intelligence. She
sparkles and thunders. She is constantly in action, whether she
is remembering, doing, creating, analysing, imitating, or laughing.
Her voice, in harmony with her whole self, can be as soft as silk,
but also strong and wilful. Her whole self in harmony. In beauty.
But not of the pale pink kind.
During the months of July and August 1991, I have
been rediscovering Pol Pelletier, whom I have known for many, many
years. We acted in the same shows, studied and taught at the same
university. Ottawa. The small town. We migrated to Montréal
the same year, for different reasons, although maybe not entirely
that different. I watched her, always from afar. She, on stage,
in the harsh spotlight. During the turbulent years, the creative
years, the hard and hurting years, the more peaceful years. I saw
how she became the artist of her life and how, even from a distance
and because of her intensity, she carved and sculpted my own life
as a woman, as well as the lives of so many other women. And men.
Pol Pelletier, the artist. Sur fond de scène urbain. A portrait.
Un hommage.
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Le théâtre à
l'intention des étudiants: du Théâtre-Club à
la Nouvelle Compagnie Théâtrale
dans L'Annuaire théâtral, no. 10, 1991, p. 139-158
ISSN : 0827 – 01987 et ISBN : 2 – 920801 – 29
- 5
Prologue
Les années 1955-1965 constituent un moment capital dans le
développement du théâtre montréalais
et québécois. À cette époque, de très
nombreuses compagnies professionnelles voient le jour, cherchent
à s'approprier des théâtres, voire à
aménager des lieux où donner leurs représentations.
En 1957, Gratien Gélinas reprend en main l'ancien cinéma
Radio-Cité qui devient «La Comédie Canadienne»
(l'actuel TNM). Le Conservatoire d'art dramatique ouvre ses portes
à Montréal en 1955 et à Québec en 1958:
les premières générations de jeunes comédiens
vont bientôt se faire connaître. Les répertoires
des textes joués s'amplifient, se diversifient et la dramaturgie
québécoise commence à s'affirmer. Le Conseil
des Arts de la région métropolitaine voit le jour
en 1955 et le Conseil des Arts du Canada, en 1957. Jean Béraud
y lit l'annonce d'un avenir prometteur. L'année 1957 demeurera
mémorable dans l'histoire du théâtre au Canada,
si ce n'est par la naissance d'une dramaturgie propre au pays et
au caractère de ses habitants, du moins par l'intérêt
subit que portent à l'art dramatique les pouvoirs publics
et certains organismes qu'il laissait jusque-là indifférents.
(350 de théâtre au Canada français, Montréal,
Cercle du Livre de France, 1958. p. 305) Guy Beaulne, lui, parle
joliment de «la prise de conscience culturelle de nos gouvernements».
Le ministère des Affaires culturelles du Québec est
créé en 1961 et le ministère de l'Éducation,
en 1964.
En cette période d'effeverscence, la question
du public et de son élargissement va nécessairement
se poser, tout comme celle de la formation des futurs spectateurs
et de leur éducation théâtrale. Les compagnies
professionnelles, toutes récemment fondées, vont à
la fois tenter de se définir elles-mêmes quant à
leur répertoire et d'identifier le public qui leur convient.
C'est alors que de nouvelles expressions surgiront dont celles de
«théâtre populaire», de «théâtre
pour les travailleurs syndiqués» et de «théâtre
pour les étudiants». C'est à ce moment que deux
compagnies s'illustrent dans le sens d'un «théâtre
pour les étudiants» : le Théâtre-Club
et la Nouvelle Compagnie Théâtrale. Monique Lepage
et Jacques Létourneau fondent le Théâtre-Club
en 1953 et ils se proposent d'offrir aux spectateurs montréalais
des saisons où les textes du répertoire côtoieront
les pièces de la dramaturgie moderne et québécoise.
Les productions sont présentées dans diverses salles
de la métropole jusqu'en 1957, alors que la compagnie transforme
en Studio Théâtre un ancien garage de deux étages
au 1858 de la rue St-Luc. Cet événement, de même
que l'attribution de subventions par le Conseil des Arts de la région
métropolitaine, incite les directeurs à multiplier
et à diversifier leurs activités, à «concrétiser
le programme qui fut à l'origine du Théâtre-Club
et que nous n'avons jamais renoncé à bâtir».
(programme de La Quadrature du cercle, 1957-1958) En 1958, la compagnie
inaugure le Théâtre des Mirlitons qui, sous la direction
de Huguette Uguay, présentera cinq spectacles pour les enfants.
Dès 1958 également, elle annonce la présentation
de matinées classiques à l'intention des étudiants.
Les Plaideurs prend l'affiche le 5 février 1959.
Cinq ans plus tard, le 29 février 1964, sur la scène
du Gesù, des comédiens de talent, réunis par
Georges Groulx autour de Gilles Pelletier et Françoise Graton,
présentent Iphigénie de Racine devant un public d'étudiants.
Il y aura 15 représentations et 11 550 spectateurs. Il s'agit
là de la première «saison» de la Nouvelle
Compagnie Théâtrale qui fêtait ses 25 années
d'existence en 1988.
Que s'est-il passé entre 1959 et 1964 pour
expliquer la fondation d'une compagnie exclusivement vouée
au théâtre pour les étudiants? Dans quel contexte
social et artistique la Nouvelle Compagnie Théâtrale
voit-elle le jour? Il est toujours hasardeux d'isoler la fondation
d'une compagnie professionnelle de théâtre des autres
événements qui la situent, voire l'expliquent. Quels
ont été les signes annonciateurs de cette naissance?
Est-il juste d'écrire que la NCT, pour «la première
fois au Québec», établissait un pont «entre
le théâtre et le monde scolaire»? Dans le même
ordre d'idée, est-ce que Gilles Pelletier a raison d'affirmer
«qu'au Nouveau Monde ou au Théâtre-Club, où
je jouais, il y avait très peu de matinées scolaires
qui, d'ailleurs, n'étaient guère fréquentées
par les étudiants»?
Que révéleront ces premiers regards
sur le théâtre joué pour les étudiants
entre 1957 et 1964? Mais surtout, quel faisceau d'événements
une lecture attentive du quotidien Le Devoir, pour cette période,
met-elle en lumière?
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Expérimentations : Cirque
/ théâtre Dix ans! ça se fête Cirque,
Circus, Dynamo
dans / in Les Cahiers de théâtre Jeu inc., no. 59,
1991.2, p. 127-133
ISSN : 0382 - 0335
En 1980, Pierre Leclerc, Jacqueline Gosselin, Rénald
Laurin, Yvan Côté et Daniel Hétu sont membres
de l'École Circus, école et regroupement d'acrobates,
de jongleurs, de gymnastes et de gens de théâtre. On
leur commande un spectacle pour le Service des Parcs de Rosemère.
Ils se présentent sous le nom de Circus et jouent Circus
81 avec échelles, ballons, cerceaux, échasses et numéros
traditionnels d'acrobatie. Jacqueline Gosselin et Rénald
Laurin, qui ont acquis une formation théâtrale à
l'UQAM, décident dès lors de se fixer comme objectif
la théâtralisation des arts du cirque. Ils demandent
à Robert Dion de se joindre à eux comme metteur en
scène.
Circus, tout en gardant son som, se distingue en
1984 de l'École nationale de cirque, puis adopte, en 1987,
l'appellation de Dynamo Théâtre. Les premiers spectacles
de la compagnie sont marqués au sceau du cirque et sont composés
de divers numéros qui viennent directement des figures de
la gymnastique olympique, de l'acrobatie et de la jonglerie. Mais
comme le coeur des membres de Circus est au théâtre,
le groupe tend à s'en rapprocher de plus en plus, et ses
recherches s'articulent résolument autour de cette problématique
de la rencontre entre le cirque et le théâtre.
À la base de la gymnastique olympique se
trouvent une quinzaine de figures. C'est un vocabulaire limité,
il est vrai, pour qui veut exprimer des émotions, communiquer
des idées, raconter une histoire. Il y a bien les mouvements
verticaux et horizontaux, les roulades, les flic-flacs, les vrilles,
mais comment les faire parler? La toute jeune équipe travaille
à partir de ce que Robert Dion appelle un thème (la
figure de gymnastique) et ses variations. Ils utilisent les procédés
de l'improvisation, intègrent aux figures gymniques de base
des mouvements empruntés à la danse contact, et ouvrent
progressivement ces figures acrobatiques pour qu'elles libèrent
des images et trouvent leurs dimensions dramatiques et théâtrales.
D'autres compagnies, américaines, canadiennes,
australiennes, voire chinoises, tablent à cette époque
sur les seuls aspects spectaculaires de ce même vocabulaire
pour produire, sur scène, des spectacles de cirque. C'est
du cirque sur scène. Circus cherche, tout au contraire, à
écrire, jouer et produire du théâtre à
partir du vocabulaire donné de la gymnastique et de l'acrobatie,
en intégrant à ses spectacles l'art du jongleur et
du trapéziste et en tenant compte de la présence du
clown. Le théâtre corporel, le théâtre
d'images qui prenaient alors un essor considérable au Québec
allaient s'enrichir de nouvelles formes, identifier de nouvelles
sources d'inspiration. Circus, devenu Dynamo Théâtre,
demeure à ce jour la seule compagnie du genre, ce qui fait
dire à Robert Dion que la troupe travaille toujours dans
«l'auto-référence».
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Le Théâtre Sans Détour
....en ligne droite
dans/in Canadian Children's Literature, no. 57/58, 1990, p. 25-37
ISSN: 0319-0080. E-ISSN: 1703-6453
Summary
In this article, the author has interviewed the
members of the Théâtre Sans Détour, one of Québec's
most original theatre companies for young people. She also evaluates
the TSD's productions over the last ten years, showing that the
company has greatly developed the social ideals first found in Augusto
Boal's forum-theatre.
Questions de contextes
Le spectateur, sa présence dans la salle
et sa compréhension de ce qui se dit, se passe sur scène
a toujours fasciné l'artiste tout autant que l'analyste du
phénomène théâtral. On a beaucoup fait
état de la participation, de l'intégration du spectateur
au spectacle même, et diverses formules pour y parvenir ont
été tentées, avec plus ou moins de succès,
dans les vingt dernières années. Ces expériences,
portées par la volonté de rapprocher artistes et public,
ont été, la plupart du temps, teintées de réflexions
sur l'art et le politique. Parmi les spectacles joués devant
des publics d'enfants, nombreux ont été ceux qui appelaient
les jeunes à «participer» soit en répondant
à des questions lancées à partir de la scène,
soit en «montant» sur scène pour s'intégrer
à l'action des personnages, aux situations jouées.
Cette question du public et de sa participation
s'est posée avec acuité, dans les années 1970
et 1980, aux artistes engagés dans une action théâtrale
et politique. Au Québec, de nombreuses approches ont été
proposées: Hervé Dupuis a examiné les paramètres
d'un théâtre d'animation, le Théâtre Parminou
s'est associé à des organismes populaires ou syndicaux
pour faciliter les rapprochements avec le public, le Théâtre
de Quartier a identifié la formule du «théâtre
instantané» pour donner la parole aux spectateurs.
Le Théâtre Sans Détour, pour sa part, a privilégié
la formule du théâtre-forum, encouragé en cela
par l'immense vague de popularité de l'improvisation, vague
qui a déferlé sur le Québec à la suite
des prouesses télévisées des acteurs de la
Ligue Nationale d'Improvisation (LNI).
L'improvisation à la façon LNI est
une approche libre et spontanée du jeu devant un public quasiment
gagné à l'avance aux prestations verbales et gestuelles,
presque obligatoirement comiques, des acteurs. Elle s'est introduite
avec une rapidité surprenante dans les écoles secondaires
et les cégeps où ont surgi des ligues d'improvisation
locales et des tournois régionaux. Le théâtre-forum,
lui, a été pensé, défini et d'abord
pratiqué par le brésilien Augusto Boal, homme de théâtre
engagé auprès des opprimés sociaux et politiques
de son pays. Pour lui, l'oppression se fait sentir au théâtre
en ce que s'y retrouvent sur scène les personnes actives,
imposant leur point de vue, et dans la salle les personnes passives,
regardant et écoutant sans que ne leur soit accordé
un droit de parole. «Spectateur» écrit Boal «est
un mot obscène», et il propose de «libérer
le spectateur sur qui le théâtre a imprimé des
images achevées du monde». (Théâtre de
l'Opprimé, Paris:Maspéro, 47) Son objectif est de
faire en sorte que chacun, au théâtre, puisse se faire
acteur dans des pièces dont le sujet le concerne: son quotidien,
son travail, son évolution personnelle, sociale et politique.
Son intention est que chacun puisse faire l'essai de ses propres
solutions aux problèmes évoqués, puisse transformer
les situations données et envisager les changements nécessaires.
Le théâtre-forum a ceci de particulier
qu'il est théâtre et forum. Ce que la compagnie d'acteurs
propose d'abord, ce à quoi les spectateurs assistent, c'est
une courte pièce de théâtre (10 à 60
minutes). Ce premier temps est suivi d'un second, le temps du forum,
où les acteurs reprennent la pièce, ou certains de
ses extraits significatifs, afin que les spectateurs puissent désormais,
sur le mode de l'improvisation, intervenir dans le déroulement
de l'action pour tenter d'en modifier le cours, pour expérimenter
des solutions, pour proposer des attitudes différentes. Le
forum est animé par un jocker qui établit le lien
entre scène et salle.
Le Théâtre Sans Détour
En l980, dans la ville de Québec, des artistes
conscients politiquement et avides d'action théâtrale
saisissent toute la richesse du théâtre-forum et tout
ce que le contexte social québécois offre pour son
actualisation. Paula Barsetti, membre fondatrice du TSD, cherche
alors à préciser l'orientation artistique de sa compagnie;
Gilles-Philippe Pelletier, après avoir connu une implication
politique insatisfaisante parce que trop dogmatique et après
avoir suivi un stage d'un mois, au Brésil, avec la compagnie
d'Augusto Boal, cherche un lieu d'application du théâtre-forum.
Il veut privilégier la participation du public, continuer
sa propre démarche d'implication politique et se trouve très
attiré par les capacités d'improvisation des gens
ordinaires. Paula Barsetti approuve cette orientation: «C'est
par le théâtre-forum que j'ai commencé à
m'impliquer politiquement et aujourd'hui je considère que
je ne pourrais pas faire un autre théâtre qu'un théâtre
conscient et de conscientisation». (entrevues des 6 et 13
février 1989) D'autres membres du TSD quittent alors la compagnie,
estimant que cette orientation ne convient pas à leur démarche
personnelle.
De l980 à l985, le TSD connaît les
enthousiasmes et les difficultés, mais surtout les certitudes
liées à ce choix théâtral qui est à
la fois politique et artistique. La compagnie travaille avec des
organismes syndicaux et populaires qui lui commandent des spectacles.
«On avait très peu de temps pour créer, on jouait
une fois ou deux, on ne se préoccupait pas de rentabilité.
On avait le goût de faire du théâtre-forum, on
croyait aux causes dont traitaient nos spectacles et on avait envie
de devenir de plus en plus habiles dans notre maîtrise de
cette forme.» Ils vivent leurs plus grandes difficultés
dans leurs rapports avec les gens de théâtre de leur
propre ville qui estiment que le TSD .... ne fait pas de théâtre!
«Et pourtant, dans le courant même du théâtre
politique, on proposait du neuf avec la participation du public.»
En l982, ils organisent à Québec, de concert avec
l'Association québécoise du jeune théâtre
et avec la participation d'Augusto Boal, un Carrefour du théâtre
de l'opprimé et ils s'inscrivent dans le réseau international
du théâtre de l'opprimé par le biais de l'association
du même nom qui a son siège social à Paris.
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1994 «Pol Pelletier - Cofondatrice du Théâtre
Expérimental des Femmes»
«Danièle Lévesque - Une scénographe artiste
de l'espace»
«Lorraine Pintal - À la direction du Théâtre
du Nouveau Monde»
dans
Ces femmes qui ont bâti Montréal, La petite et la grande
histoire des
femmes qui ont marqué la vie de Montréal depuis 350
ans,
sous la direction de
M. Darsigny, F. Descarries, L. Kurtzman, E. Tardy
Montréal: Éditions du Remue-Ménage.
1994 «Robert Lepage», «Lorraine Pintal»
dans
Theatrical Directors - a Biographical Dictionary.
ed. J.W. Frick & S. Vallillo
Westport, Connecticut & London : Greenwood Press.
1986 «Le Vertige d'être ou le verbe généreux
de René-Daniel Dubois.» Montréal:
Conjonctures et Politique, Ed. Saint-Martin, no. 8 (avec Thierry
Hentsch).
En traduction. 1987. «The Vertigo of Being or the Generous
Word of René-
Daniel Dubois.» Toronto: Canadian Theatre Review, no. 50.

1994. «René-Daniel Dubois: la condizione umana»
in Il teatro del Quebec.
Milano: ed. Ubulibri.
ISBN 88 – 7748 – 136 – 6
CL 29 – 8136 - 6
1985 «L'usage du coeur dans le domaine réel.»
Théâtre/Public, no. 61.
1980 «Justement! Oui, encore! Entretien avec le Théâtre
des Cuisines.»
Les Cahiers de théâtre Jeu inc., no. 16.
1978 «Essai sur l'importance stratégique du jeune
théâtre dans le processus de
démocratisation réelle du théâtre au
Québec.» Chroniques, nos.
29-30-31-32.
1976 «La vie théâtrale à Montréal
de 1950 à 1970: théâtres, troupes, saisons,
répertoires.»
«Notes sur les troupes de théâtre dans l'Outaouais.»
«Témoignages sur le théâtre québécois.
Enquête littéraire»
Le Théâtre canadien-français. Évolution,
Témoignages, Bibliographie.
Montréal: Fides. Collection Archives des Lettres canadiennes,
Tome V
1974 «Pour un réel théâtral objectif
- le théâtre de Robert Gurik.»
Voix et images du pays VIII, Presses de l'Université du Québec
à
Montréal.
1973 «La Palissade de Robert Gurik et Les Terres neuves d'Yves
Thériault: un thème en deux structures.» Co-Incidences,
vol. 3,
no. 2.
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